
Interview Eddy La Gooyatsh (01.04.06)
Après dix ans à silloner les routes de la chanson et se nourrir de belles rencontres (Chet, Tété, Camille, Mell...), Eddy sort, le 18 avril 2006, son premier album "l'Amour et l'Eau Fraîche". Quinze ballades à son image: emplies d'une douce fantaisie et respirant la joie de vivre. Muni de son Ukulélé ou de sa guitarre, Eddy nous conte les petits riens de la vie qui font sourire.
Cette première (sortie nationale effectuée le 18 avril 2006) était l'occasion rêvée pour Monptidoi de rencontrer cet attachant personnage un peu "à l'ouest"...
EXTRAIT DE L'ALBUM "L'Amour et l'Eau Fraîche"
INTERVIEW
Dans ton parcours, as-tu toujours été convaincu que tu allais faire de la musique, ou alors tu as hésité avec une belle carrière de rugbyman ? (Et oui ! Eddy a fait deux ans de sport-étude rugby… à l’âge de 13 ans certes…)
Non, non, j’avais pas du tout de vocation à faire du rugby, c’était juste qu’il y avait de bons desserts à la cantine. En fait, mes premières émotions avec la musique, c’était avec la flûte à bec en 6ème. Comme tout le monde je crois. J’aimais pas spécialement la flûte, mais j’aimais bien l’idée de jouer des mélodies. Deux ans après, on m’a offert une guitare et c’est venu assez rapidement. Mais même avant cette guitare, j’avais déjà prévu de devenir… une rockstar (rires). Après, avec la pression sociale, on a essayé de me persuader pendant un moment que je voulais faire autre chose, donc, j’ai fait un peu des études… mais tout m’a toujours ramené à la musique.
Ce que t’appelle « pression sociale », c’est les parents, la famille ?
Ouais, même la pression en général. Y’a une espèce d’idée qui traîne qui est que, pour avoir du travail, il faut des diplômes, que pour gagner correctement sa vie, il faut de longues études… J’ai essayé… sauf que ça marchait pas, je revenais toujours à la musique d’une façon ou d’une autre. Puis, au bout d’un moment, je me suis dit: "autant si mettre sérieusement". Le jour où je l’ai décidé, tout s’est bien passé.

Tu as réussi tout de suite à en vivre ?
Au moment où je me suis décidé, je savais pas encore comment en faire : en écrivant des chanson, en étant guitariste… Il m’a fallu deux ans pour commencer à en vivre, et depuis, j’ai toujours survécu on va dire. C’est pas non plus la fête.
Comment tu t’y prends pour composer tes chansons ? Tu as besoin de t’isoler ? Ou les idées fusent n’importe quand, n’importe où ?
Déjà, je pense que pour s’isoler, on a pas besoin d’être tout seul, reclus dans une maison à la campagne. On peut s’isoler au milieu d’une soirée au milieu de 500 personnes. Et puis les idées, ça vient un peu comme ça.
Tu dois toujours être en train d'observer le monde qui t’entoure, en quête d’idées non?
Non, ça me dépasse un peu. Je ne cherche pas à trouver des thèmes de chanson. Ca se fait un peut malgré moi. Les idées viennent, puis j’y mets de l’ordre, après la volonté intervient un peu. J’essaie de trouver des formules marrantes, pas forcément drôles, mais qui m’amusent… et puis, au bout d’un moment, ça donne une chanson.
Tu ne te dis jamais : bon, maintenant, faut que je trouve quelque chose ?
Non, ou simplement pour le travail technique. Je me dis : faut que je travaille ce morceau de guitare, je vais enregistrer ce morceau de piano ou faire le cœur sur ce morceau… mais pour ce qui est de l’écriture, à force de noter des trucs à tout moment, la chanson est presque terminée et je m’y colle juste pour peaufiner. Mais je suis pas trop à me dire : aujourd’hui, je m’assoie avec ma feuille blanche, en deux heures je termine une chanson. Je ne crois pas tellement à ça.
Là tu as mis combien de temps pour sortir cet album ?
Techniquement un an pour l’enregistrer, j’avais le temps. Au départ, je n’avais rien : pas de label, pas de distributeur, rien… J’ai mis quasiment deux ans à chercher, plus ou moins activement, puis je me suis décidé à enregistrer chez moi en me disant après, tu peux aller voir des gens avec quelque chose. Et en cours de route, j’ai trouvé des partenaires, c’est bien pour monter un projet, mais du coup, ça a ralenti un peu les choses.
Ca ne met pas une pression supplémentaire d’avoir ces partenaires ?
Pas vraiment,vu que je suis mon propre producteur… C’est plutôt un investissement humain que de moyens. C’est pas comme si Polydor ou Mercury produisait mon album et me filait 60000 euros pour ça. La seule pression, c’est de savoir comment va être accueilli cet album. Pour l’instant, je le joue en concert en attendant la sortie nationale…
Justement par rapport à la scène… Tu prends plus de plaisir sur scène ou lorsque tu composes ?
J’aime bien un peu tout. Toute la composition, l’enregistrement, le mixage, les concerts… en fait, tout ce qui touche directement la musique. Un peu moins réfléchir à un plan marketing, à savoir à quelle date on sort l’album.
Toujours sur la scène… Pour t’avoir vu à l’Austrasique, tu essaies de créer une atmosphère intime, un peu décalée, très proche du public. Tu n’as pas peur de faire des salles plus importantes ?
J’en ai déjà fait une, en fait, c’est un peu pareil sauf qu’il y a plus de gens. C’est un peu le même rapport au public.
T’arrives à accrocher ton regard par exemple ?
Ouais carrément… Y’a juste une fois où j’ai joué en première partie de Tiken Jah Fakoly devant à peu près 5000 personnes… C’était un peu plus difficile, pas tant à cause de l’appréhension, mais simplement que la réponse du public est beaucoup plus lente. Y’a moins de liberté dans le dialogue avec le public. Et puis les gens ne venaient pas pour me voir… y’avait que des rastas (rires).
Sinon, dans ton parcours quelles ont été les rencontres marquantes ?
Mon parcours, ce n’est que des histoires de rencontre. Ca serait un peu long d’énumérer les gens que j’ai rencontrés… Au début, y’a longtemps, je me suis mis au jazz, en me disant que si j’arrivais à jouer cette musique, ça m’ouvrirait plein de perspectives sur d’autres musiques, que ça m’aiderait à les comprendre… Puis dans cette période, une chanteuse m’a demandé de l’accompagner, puis je me suis mis à accompagner d’autres artistes et notamment un chanteur qui s’appelle Chet qui est vraiment un auteur incroyable. J’ai fait toute une tournée avec lui. C’était vraiment une rencontre importante. A la fin de cette tournée, puisque ça faisait un moment que j’écrivais des chansons, j’ai commencé à les chanter en première partie et ce fut les premières sensations seul sur scène. Puis, j’ai fait des petits remplacements avec Camille lors de son premier album.
Comment l’as-tu rencontrée Camille ?
C’est un peu compliqué… C’était par un artiste qui s’appelle Jules rencontré lors d’une première partie de Chet. Il organisait quelques concerts à Paris, où j’ai découvert Julien Martel, le guitariste de Camille, qui sortait à ce moment là son premier album. Du coup, il cherchait quelqu’un pour le remplacer…
Vous vous êtes tout de suite entendus avec Camille ?
Oui, la communication était toujours un peu lunaire mais ça s’est super bien passé. En y repensant, c’était pas très conventionnel mais ce fut très naturel. C’était une rencontre vraiment intéressante. Après j’ai rencontré Mell et par la même occasion son label… Il y a 4 ans environ. On était programmé tout les deux dans une salle à côté de Paris complétement par hasard, alors qu’on habite pratiquement dans la même rue. C’était marrant… Puis on s’est croisé quelques fois et à force de se croiser…
Comment t’envisages ton avenir ? Une vie sur la route ou plutôt posée ?
J’ai une vie assez posée en fait. Ca fait longtemps que je suis habitué à vivre comme ça. Ce qui est bohême, c’est le côté matériel, sinon je vais manger chez mes parents le dimanche midi.
Mais les tournées, ça fait partie du monde de la nuit aussi…
Ouais, mais je suis pas un gros fêtard invétéré… Quand j’ai fini mes concerts, j’aime bien discuter avec les gens que j’ai croisés pendant la journée, avec les autres artistes programmés… mais je suis pas du genre à faire la fête jusqu’à 6h du mat’ systématiquement. C’est surtout que ce serait au dessus de mes forces, je pourrais le faire un soir, mais après, tout enchaîner, c’est pas possible. Y’a des gens qui le font, j’en connais mais moi, je ne pourrais pas. Je trouve que j’ai une vie pépér… par rapport à la vision rock’n’roll du monde de la musique.
C’est pas trop difficile d’associer cette vie sur la route avec ta vie affective ?
Ben, ça fait 7 ans que je vie avec la même personne. En même temps, c’est ma régisseuse… ça aide. Ca na jamais posé de souci avant qu’elle soit ma régisseuse. Les problèmes de couple ne viennent pas du fait que tu vas jouer un, deux ou trois soirs par semaine…
Mais le devant de la scène, le fait d’être exposé attise parfois la jalousie…
Ouais, en même temps, elle a été élevée dans ce monde de musiciens… enfin je ne vais pas exposer sa vie privée… De toute façon, ce n’est pas une histoire qui s’est faite du jour au lendemain, je ne me suis pas retrouvé d’un coup projeté sur la scène. Et puis, je ne suis pas dans un rapport de séduction avec le public. On est loin de Rock Voisine. J’ai pas un public d’adolescentes folles de moi, j’ai pas de public particulier… D’ailleurs je n’ai pas de public tout court ! Le problème ne se pose pas.
J’ai vu que tu allais jouer pour les printemps de Bourges. Ca représente quoi pour toi ? Un tremplin ? Du stress ?
C’est un concert comme les autres, mais c’est clair que c’est un tremplin. Je vois bien qu’il ya un enjeu. Je représente déjà la région, donc c’est des responsabilités, je suis soutenu par la ville, les institutions régionales et tout ça… Et puis, ça rendra le travail plus facile aux gens avec qui je bosse : l’attaché de presse, l’éditeur, le label… C’est toujours bien d’avoir marqué « découverte du printemps de Bourges ». Voilà, je suis content pour le concert en lui-même dans un gros festival etc, le reste c’est du bonus.
Rien à voir, mais d’où te vient la passion du Ukulélé ?
J’ai découvert ça y’a quelques années. En fait, ça part des Beatles, j’avais vu que georges harrisson était un grand joueur de Ukulélé. Ca m’intriguait un peu cet instrument, pour moi, c’était un instrument traditionnel tahitien pour jouer des musiques des îles. Mais en fait, c’est également un instrument utilisé dans pas mal de musiques noir-américaines : country, blues… Ca m’intéressait mais on en trouvait pas trop, puis, on m’en a offert un… Et j’adore… En plus, j’ai pas le même rapport à une chanson quand je le joue à la guitare plutôt qu’avec le Ukulélé. Avec le Ukulélé, je ne suis pas dans des considérations techniques, c’est plus détendu. Et puis, le fait d’être tout seul avec ce petit instrument, ça détend l’atmosphère sur scène. C’est moins sérieux, on est presque pas en train de chanter une chanson, alors que c’est un vrai instrument.
En ce qui concerne l’album, il y a deux chansons qui s’accordent bien : « l’amour et l’eau fraîche » et « mon paradis ». Il y a une grande légèreté et une grande gaîté qui s’en dégagent, est-ce une philosophie de vie pour toi ?
Oui. J’essaie toujours de trouver ce qu’il y a d’amusant et de léger dans les situations, même si elles peuvent être lourdes et désespérantes. Même si je suis assez lucide sur le fait que tout le monde ne va pas bien et que la vie n’est pas si juste. Je préfère rester dans le second degré et dans l’ironie. C’est mieux de s’extirper des situations par le haut plutôt que par le bas. Ca ne résout pas tout, il ne suffit pas de sourire…
Et jamais, tu ne penses aller vers des chansons plus lourdes, plus tristes ?
Je crois qu’il y en a déjà mais c’est le traitement qui est biaisé. Je ne veux pas forcément parler de choses superficielles mais c’est leur traitement qui est léger. Si c’est pour faire une chanson en disant : la guerre c’est pas bien, Sarko ça pue… Ce n’est pas ma façon de faire.
Tu n’es pas dans la revendication…
Non, mais je ne mélange pas ça avec la musique. Ca ne m’empêche pas d’avoir des idées et des engagements politiques ou sociaux. Pour moi, la musique, c’est la mélodie, le plaisir. J’ai pas envie d’emmerder les gens avec des « j’emmerde le front national ».
Sur le même sujet, dans le morceau « la loose », tu traites d’un sujet grave, l’ennui, la solitude toujours avec légèreté. Est-ce que tu as toujours eu cette forme de détachement ? De se dire, en ce moment, ça va pas fort mais ça ira mieux demain ?
Ouais, exactement, tout le temps. Et ça a tout le temps était pas très bien (rires). Comme tout le monde, j’ai déjà eu l’impression d’être au fond du gouffre et de ne pas en voir la fin, mais ça s’est toujours arrangé. Je ne sais pas pourquoi ça s’arrange, si c’est parce que je me suis donné du mal, parce que j’ai positivé, parce que j’ai pris du recul en me disant que c’était pas grave… Il ne m’est pas non plus arrivé des catastrophes incroyables… mais des tracas comme tout le monde. Mais j’ai toujours été aidé par la musique, je me retrouvais dedans.
Tu as déjà vécu cette solitude dont tu parles ?
Oui… Enfin, j’ai toujours été entouré de plein de monde. Mais les gens ne comprennent pas forcément où t’en es, ce qui se passe dans ta tête. Tu as parfois l’impression d’être incompris.
C’est un trait de personnalité qui transparaît dans pas mal de chansons : « A l’ouest », « A cloche-pied », « Les claquettes »… On a souvent l’impression que tu es en décalage par rapport à ce qui t’entoure…
C’est quelque chose qui me dépasse un peu. On m’a déjà fait la réflexion en concert sur le personnage décalé que je représente, alors que j’ai juste l’impression d’être normal. En revanche artistiquement, j’ai toujours été impressionné par des musiciens ou des peintres, par des gens qui avaient un art désinhibé, qui se permettaient de faire des choses complètement décalés, sans être dans la provocation. C’est important de pouvoir se dire par exemple : « tiens, je mettrais bien un solo de mandoline sur un morceau de rumba avec un son d’orgue bontampi ». A priori, ça peut paraître suicidaire, mais pourquoi ne pas le faire si tu le sens…
Tu ne joues pas de rôle donc…
Non... Evidemment sur scène, je suis un peu plus débridé, mais les gens qui me connaissent dans la vie sont contents de voir la même personne en concert et dans mes chansons.
Ce côté « à l’ouest », c’est bien toi…
Ben oui, même bien avant que j’écrive des chansons. Quand mes parents m’envoyaient chercher du pain à la boulangerie, j’y allais une première fois, je prenais le pain, j’oubliais la monnaie, donc je redescendais prendre la monnaie, en vélo pour aller plus vite, je remontais avec la monnaie mais avec mon vélo devant la boulangerie.
Ca se soigne ?
Non, ça s’est jamais arrangé…
Pour revenir à tes chansons, « Entre-nous » semble lourde de vécu. Elle traduit cette sorte de malaise avec les beaux-parents. C’est toujours d’actualité ?
Non, mais j’ai toujours eu du mal à tutoyer les gens à partir du moment où j’ai commencé à les vouvoyer (le refrain : « te dire vous devant eux et un jeu qui me tue… »), surtout avec les parents des filles avec lesquelles je suis sorti. Du coup, tu passes juste un peu pour un con. Après j’usais de stratagèmes, au lieu de dire « tu peux me passer la bouteille d’eau », c’était « je pourrais avoir l’eau », et je me sentais encore plus ridicule. Maintenant, j’ai l’impression de m’affranchir du ridicule…
Grâce à la scène ?
Je pense… Et même avant, avec mon entourage, on avait tendance à faire du ridicule un atout. J’aime bien l’absurde donc j’ai pas tant de mal à tourner les choses en dérision, y compris moi.
Pour revenir à ton album, je voulais te parler de « A la rigueur ». C’est la seule chanson qui dégage un soupçon de violence. Ca t’arrive réellement de t’énerver ?
Oui, oui, ça m’arrive ! Mais je m’énerve surtout à l’intérieur. Après, ça se traduit par une espèce d’obstination. Si ça se passe pas comme je veux, je suis capable de saouler les gens pendant ½ heure, 3 heures voire 15 jours s’il le faut. Je ne vais pas me mettre à crier, à taper du point…
Tu te rends compte de tes défauts…
Ben oui, j’y peux rien. Je suis comme ça dans la vie de tous les jours, au magasin, à la banque… mais avec mon entourage, en dehors de cette obstination, je suis assez soupe au lait. J’aime bien penser que je suis une personne assez agréable à vivre !
C’est bien d’avoir une estime de soi !
(rires) Je sais pas si c’est vrai, mais ça fait longtemps que je vis en couple, et que ça se passe bien. On ne fait pas parti de ces gens qui passent leur temps à s’engueuler. Je suis d’ailleurs un peu accablé de voir que pour les gens l’engueulade, c’est normal, que au bout de X années de vie commune, c’est permis.
La confrontation se comprend tout de même…
Oui, mais la confrontation, c’est pas entrer dans des rapports de force. S’expliquer, c’est plus simple. Après, j’ai une vision du couple qui m’est propre. Sur la tromperie par exemple, ce ne peux pas être qu’un faux pas, c’est qu’il y a un grave problème dans le couple.
Tu es attaché à des valeurs fortes…
Juste à des valeurs humaines. Vaut mieux quitter quelqu’un que de s’acharner dans une histoire qui ne va pas et manquer de respect à la personne. C’est plus facile à dire qu’à faire… Ca m’est déjà arrivé (de tromper) mais y’a longtemps, étudiant à l’époque… mais je le referai plus. Dans le monde merveilleux d’Eddy, l’adultère ça n’existe plus.
Tu te prives d’un des grands thèmes de Brassens tout de même !
Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais me refuse à croire que c’est la normalité…
Certain ont parfois une part obscure au fond d’eux…
Mais moi aussi… Des fois je pique des trucs dans les magasins ! (rires) Mais que dans la grande distribution ! Je te donnerai pas mes astuces.
Pas de chance, condamné à sortir le porte-monnaie... Pour finir, je voulais te parler de « Prêchi-prêcha »… A vrai dire, je n’ai rien compris aux paroles…
(rires) Alors comment expliquer ? En fait, c’est exactement ce dont on vient de parler. J’ai plein de concepts, de principes… sur la fidélité, l’amitié… mais c’est quand même vachement plus facile de défendre ces concepts plutôt que de les appliquer au quotidien. Un exemple bête, c’est complètement inutile de s’énerver, de gueuler en voiture, et pourtant, je continue à râler… je sors pas pour autant mettre des grands coups de latte… Sinon, c’est vrai que la chanson n’est pas hyper claire, mais en même temps, le concept non plus !
Ces grandes valeurs dont tu parles, elles sont apparues progressivement ou un jour un évènement a tout déclenché ?
Non, c’est jute des constats… sûrement en vieillissant ! Mais j’ai le sentiment que plus ça va, plus les choses sont simples. Ce ne sont pas des concepts philosophiques compliqués… mais plus j’avance, plus la vie, les rapports humains me paraissent évidents… On en revient à la chanson « l’amour et l’eau fraîche » et de la simplicité qu’elle évoque.
Justement, la société qui nous entoure, faites de codes, de superflus… ne t’oppresse pas ? Tu n’as pas envie de changer de vie, de décor ?
Ben non, je m’y sens bien quand même. C’est mon pays, ma culture, ma langue. Tous les codes, je les connais… Même si j’arrive à prendre en défaut le milieu dans lequel je vis, je m’y plais. Je n’ai pas essayé ailleurs, mais j’imagine que si j’étais sur une île avec mon Ukulélé et ma guitare, je me ferais chier… Alors que si j’y étais né, ce serait différent…
Par rapport à ce décalage entre la simplicité que tu vises et ce qu’est réellement notre société avec la misère morale qu’elle peut engendrer, tu n’as jamais une envie de révolte ?
Si, bien sûr… mais plutôt que d’aller manifester ou d’écrire des chansons engagées contre le FN, je préfère mettre en avant ce qu’il y a de positif. Evidemment, je suis contre la violence, le racisme, la misère, l’injustice… mais dans tout ça, y’a quand même des gens qui ont plein de projets… De toute façon, je ne me sens pas en tant qu’artiste une responsabilité politique et sociale. Par contre je défends des valeurs au quotidien… Quand je vais au supermarché, par exemple, et qu’il y a des gens qui font la manche, je leur demande ce dont ils ont besoin et je leur donne en sortant. Je préfère ces gestes, me comporter correctement avec ceux qui m’entourent plutôt que de prendre ma carte dans un parti politique.
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