opera noces figaro

Jules César en Egypte

(du 2 au 10 mrs 2007)

Metteurs en Scène : Yannis Kokkos.
Compositeurs : Georg Friedrich Haendel.
Direction musicale : Kenneth Montgomery .
Chanteurs : Stéphanie D'Oustrac, Marie-Nicole Lemieux, Elodie Méchain, Ingrid Perruche.
Chorégraphes : Richild Springer.
Musiciens : Orchestre Symphonique Et Lyrique De Nancy.

De son titre original : Giulio Cesare in Egitto , opéra en trois actes écrit, chanté en italien, d’après un livret de Nicola Francesco Haym, c’est sans conteste le plus réussi et le plus joué de toute la prolifique production de George Frederich Haendel. Aussi nous ferons tout d’abord un rapide historique de l’œuvre, puis nous nous intéresserons à l’argument de celle ci, enfin nous achèverons cette chronique en nous penchant sur les spécificités musicales de cet opéra baroque qui le rendent si populaire.

Ce cinquième grand opéra de Haendel fut crée le 20 Février 1724 au King’s Theather de Haymarket a Londres, cet incontestable chef d’œuvre de l’Opéra Séria remporta un succès immense dès les premières représentations et fut repris de nombreuses fois dans les années qui suivirent. Mais les goûts changeants et le baroque passant de mode, l’œuvre disparue des scènes pendant près de deux siècles pour finalement être reprise en Allemagne en 1922, néanmoins la première version du XXème siècle tronque la partition d’origine et transpose la plupart des rôles pour mieux satisfaire le goût contemporain (Baryton pour César ou Ptolémée par exemple), une version française voit enfin le jour en 1935 avec Mancini. Mais il faudra attendre le renouveau du Baroque dans les années 70 pour que les versions fidèles réapparaissent, depuis, cet opéra demeure l’un des plus populaires de Haendel.

Cet opéra de vastes dimensions (l’un des plus longs et des plus fouillés de Haendel) se caractérise principalement par une intrigue pleine de péripéties et malgré le fait que « Jules César en Egypte » fera sourire n’importe quel historien, l’action sortant tout droit de la plume guère inspirée du librettiste Nicola Francesco Haym…Peu importe ! L’histoire se déroule à Alexandrie en 48 avant Jésus Christ, César ayant remporté la bataille décisive de Pharsale sur son ancien collègue Pompée, le dernier défenseur du système républicain, ce dernier s’est réfugié en Egypte où règne Ptolémée XIII. Le Pharaon espérant gagner les faveurs de César, fait assassiner le fuyard, mais César, qui allait signer la paix avec son ancien rival, est profondément choqué par tant de traîtrise ! L’épouse éplorée du défunt :Cornélie appelle en vain la mort alors que leur fils rêve de vengeance. Cléopâtre VII, sœur et rivale de Pharaon décide de gagner César à sa cause en le séduisant avec succès, avant de tomber elle-même amoureuse du Général Romain…Aussi l’action, entremêlant histoires d’amour et luttes pour le pouvoir,tourne autour de huit personnages : quatre Romains et quatre Egyptiens,elle décrit la course au trône entre Cléopâtre et Ptolémée,le deuil de Cornélie, le désir de vengeance de Sextus, la rivalité entre Ptolémée et Achille,vains soupirants de Cornélie et l’idylle de César et Cléopâtre,ainsi la tension entoure cette femme,dont l’humanité va progressivement apparaître avec sa passion pour le général Romain. C’est pourquoi il ne sera pas étonnant de retrouver ce personnage féminin dans des œuvres de la période romantique comme l’opéra éponyme de Massenet ou encore la scène lyrique pour voix et orchestre que Berlioz écrivit pour le concours du Prix de Rome : « La Mort de Cléopâtre »…

Comme vous l’aurez compris, malgré cette dimension historique et tragique très recherchée,l’intérêt principal de l’œuvre ne réside pas dans son sujet,qui n’est finalement qu’un enchevêtrement d’histoires relativement basiques…Mais plutôt dans les superbes effets dramatiques obtenus par l’application des conventions formelles du genre, cela permet la multiplication d’airs tous plus somptueux les uns que les autres, ainsi se succèdent ces arias typiquement baroque, à la ligne vocale sinueuse s’armant d’une multitude d’effets décoratifs, le tout distribué en nombre quasi égal à chacun des protagonistes afin qu’ils puissent exhiber leur agilité vocale. L’une des raisons du succès de l’œuvre aujourd’hui est son orchestration voluptueuse et romantique, aussi mérite-t-elle quelques commentaires : Haendel fit un usage extrêmement imaginatif de son orchestre donnant de nombreux effets instrumentaux exquis, comme par exemple la présence de quatre cors, effectif tout à fait inusité à l’époque ou encore pour telle ou telle fanfare, il se contente de violons au lieu de faire retentir les trompettes…

J’attirerai tout particulièrement votre attention sur ces airs qui se révèlent comme étant parmi les pièces les plus touchantes de tout le répertoire Haendelien :

_Dans le 1er acte celui où Cornélia pleure son mari et attend avec impatience sa propre mort qui la délivrera, mais qui lui est refusée : Priva son d’ogni conforto

_Dans le 2nd acte : Lorsque Cléopâtre pour séduire César prépare un tableau où elle incarne la Vertu trônant sur le Mont Parnasse entourée des neufs Muses : V’adoro Pupille

_Dans le 3ème acte : Cléopâtre prisonnière de Ptolémée, croyant César mort, s’apitoie sur son sort, mais déclare que si Ptolémée la tue, son spectre viendra la venger :Piangero la sorte mia

Les deux versions intégrales de références aujourd’hui sont :

_Celle de Minkowski chez Archiv, parue en 2003, avec les musiciens du Louvre, et dans les rôles principaux : Marijana Mijanovic (Jules César), Magdalena Kozena (Cléopâtre), Anne Sofie von Otter (Sextus).

_Celle de René Jacobs chez Harmonia Mundi, parue en 1991, avec le concerto Kölhn, et dans les rôles principaux : Jennifer Larmore (Jules César), Barbara Schlick (Cléopâtre), Derek Lee Ragin (Ptolémée).

C’est cette dernière version qui à ma préférence, celle de Minkowski semble surjouée et sur-ornementée, bref l’ensemble est trop lourd, même si cet enregistrement garde la marque d’une réalisation de grande classe. En revanche celui de Jacobs garde une fraîcheur et une spontanéité qui font tout son charme.

Il me semble important de préciser qu’il existe une très bonne édition d’extraits sous la direction de Richard Bonynge avec les divines Joan Sutherland et Marilyn Horne dans les rôles respectifs de Cléopâtre et Cornélie, parue chez Decca d’après un enregistrement de 1963, que je recommande tout particulièrement !!

Enfin, cette chronique se terminera en vous rappelant que cet opéra est le deuxième bijou de cette programmation 2006/2007, aussi il est à ne pas manquer, et même si la longueur « pharaonique » de cet opéra (près de 4h) et ses nombreux récitatifs peut en rebuter plus d’un, je tiens à appuyer le fait que cette œuvre est portée par une musique incandescente et que la passion des sentiments exprimée dans les arias nous font déjà entendre les prémices du Bel Canto !

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage dans cette Egypte Antique si propice aux rêves, où les voix d’Ingrid Perruche et Philippe Jarrousky vous accompagneront assurément avec délice !

Mr VipèreMr Vipère. Lyriquement vôtre.