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Passages, le festival (des théâtres à l'est de l'Europe) se déroulant tous les 2 ans accueille depuis 3 éditions consécutives Nikolaî Rostchine et son collectif (ARTO) pour une création appelée "Mistère-bouffe", issue d'une pièce écrite par le poète Vladimir Maïakovski, un révolutionnaire aussi excentrique que convaincu. (Théâtre de la Manufacture)

La pièce (écrite en 1920) donne le ton dès le départ : ambiance grave et musique sombre, les personnages maquillés comme dans les films expressionnistes allemands des années 20 ne font que rehausser la sensation omniprésente de vertige. Le climat est tendu et il y a de quoi : la scène se déroule en période trouble, c'est le Déluge et les personnages cherchent ensemble un moyen de s'en sortir. Vivants en micro société, ils vont tout au long de la pièce s'efforcer de "tester" tous les systèmes existants dans le but ultime de gagner "le paradis" notion abstraite qu'ils n'arriveront pas à atteindre totalement. On y trouve pêle-mêle le système tsariste, révolutionnaire, capitaliste, ou encore autocratique.

Cette création qui oscille entre rires et drames est un manifeste pour la révolution, à cela près (et c'est un point fondamental) qu'elle est elle même remise en cause par l'auteur et le metteur en scène, on ne sait finalement pas quel système adopter et le spectateur est libre de se faire sa propre opinion des différents choix qui lui sont proposés.

J'ai par la suite pu rencontrer Gilles Morel, qui travaille avec ARTO depuis de nombreuses années. Son métier consiste à faire connaître de jeunes auteurs russes et à les aider dans leur parcours de création. Rostchine en est l'exemple type, un jeune homme aussi doué pour le jeu d'acteur que pour la mise en scène.