
Filosophie, par la compagnie 4L12, Salle de Gentilly
A l’origine du langage…
« ça » parle … « le langage est toujours déjà là », nous apprend la psychanalyse.
Ça parle, dans la nouvelle pièce de la compagnie 4L12, avant même qu’on ait pu apercevoir le plus petit bout de corps –le pied, puis la jambe - de l’actrice qui bientôt va surgir sur le plateau, flanquée de son double, version clownesque.
Ça parle…les personnages en font l’expérience…et c’est de cette expérience qu’ils vont nous parler…
Le langage est toujours déjà là, et le personnage -sans nom !- d’Odile Massé, tente de lutter contre l’envahissement de son esprit par les mots, par une parade corporelle : marcher tout droit devant elle, ou « en rond », s’il y a des murs, mais ça, ce n’est pas grave ! L’essentiel est d’expulser ces mots qui toujours tournent dans la tête…et de comprendre comment ils se forment, d’où ils viennent…
A l’origine du langage de chaque être, il y a la Mère, pourtant !
Et notre Grande Questionneuse du Langage doit bien le savoir, puisqu’elle est dûment escortée, voire souvent agrippée ou même recouverte entièrement par les jupes protectrices et maternelles du second personnage féminin –sans nom lui non plus!- campé par Mawen Noury, qui jamais ne l’abandonne dans sa détresse, mais au contraire lui donne la réplique avec une constance qui touche à l’abnégation !!
Mais non, elle feint de ne pas le savoir, ou de l’avoir oublié, que le langage vient de l’Autre ; alors elle s’obstine à lui chercher une origine organique, à lui construire une genèse du fin fond des viscères, complètement loufoque, mais décrétée avec le plus grand sérieux, et force schémas à l’appui !
Effet comique assuré !
Car on passe sans cesse du rire au sentiment du tragique, dans le théâtre de 4L12 !
« On parle pour avoir moins peur ! »
Oui, ça, c’est sûrement vrai, surtout lorsque l’on est éjecté dans cet espace-temps ambigu, sur cette Terre originelle figurée par le son berceur d’une forêt tropicale, traversée de cris d’animaux, mais surtout par la présence massive et opaque d’un grand singe…en peluche…
Espace-temps ambigu, car on est aussi sur un plateau de théâtre, atrocement nu et angoissant, où il va falloir parler devant « eux », et se mouvoir entre ces « murs », toutes allusions qui figurent bien dans le texte original d’O. Massé, et qui renvoient le spectateur, en plus d’une question sur son propre rapport au langage, à une interpellation aussi à son rapport à ce spectacle-là, avec sa capacité - jamais définitivement assurée- à susciter le fantasme…
Où l’angoisse métaphysique rejoint celle des gens de théâtre…
S’ensuivent donc des tentatives de mourir à la vie, pour tenter d’avoir moins peur :
« On va essayer de devenir des choses ! ». Et ils essaient bien sûr, les personnages ! Car le théâtre est fait pour ça : mettre en scène ses fantasmes, ses idées, comme jouent les enfants, pour apprivoiser le réel.
Vivre en se cachant derrière un personnage, en se travestissant, en créant des artifices, pour supporter – et nous aider à supporter – la vie…
Alors, face à l’angoisse des obsédants « comment, pourquoi, et peut-être pour qui on parle ?… », les personnages multiplient les tentatives, tentant d’autres postures dans l’espace – l’ascension, le vol, l’effacement…- ou des manipulations d’objets, principalement des corps morcelés de poupées, à qui on essayera de faire rendre leur dernier mot !
De même, de la présence muette et intrigante du Grand Singe, les deux exploratrices du langage, tenteront d’extraire une réponse : « Allez ! pense ! »… en vain, bien sûr, à la grande joie des spectateurs, ramenés à l’enthousiasme enfantin de se saisir soudain comme très supérieur à l’animal !
Le style d’O. Massé n’est jamais meilleur que lorsqu’elle parvient soudain à ramasser ses émotions et ses idées dans des formules lapidaires, lancées de sa voix forte :
« Nous, on cherche ! » ( au singe). « On cherche !... avec tout ! ».
Oui, 4L12, sous la direction de Michel Massé, continue à chercher … peut-être pour nous inciter à faire de même... mais en tout cas, pour notre plus grande jubilation.
Commentaires
1. Le samedi 15 décembre 2007 à 02:50, par Elysium
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